Il était une fois un mangeur de céréales au teint blafard et au corps émacié. Mais cet hurluberlu au cerveau rétréci appartient au passé. Désormais, l’homme le plus fort des pays occidentaux est... végétarien, et les super-cerveaux boudent la viande!

D’après une étude de l’Université de Southampton, plus un sujet a un QI élevé, moins il se nourrit de produits carnés. La viande risque donc de devenir l’apanage des classes populaires, et c’est là un tournant historique, mais compréhensible par ailleurs : car chacun sait bien qu’il n’y a pas de poulets de batterie heureux. N’est-ce pas schizophrène de vouloir caresser son chien ET manger des vaches ? Sur l’étal du boucher, on pourrait envisager de placer un écriteau à liseré noir comportant cette mise en garde : « La viande tue… Risque d’infarctus et de cancer accru ! » Il y a encore 20 ans, seulement 0,6 % des Allemands se disaient végétariens. Selon les estimations de l’Association des végétariens, 7 à 10 % de la population d’outre-Rhin, soit six millions de personnes, renoncerait aujourd’hui à consommer de la viande. En France, ils sont 1% à 2%.

Au cours de sa vie, l’Allemand moyen dévore plus de 1000 animaux qui auront été engraissés à une cadence infernale. En France, chaque année, ce sont 1 800 tonnes de boeufs, 12 000 tonnes de porcs et 17 000 tonnes de volailles qui sont abattues. Cela dit, les images terribles des exploitations d’élevage industriel et des abattoirs ultramodernes ont de quoi couper l’appétit : comment apprécier un steak quand on sait que le bœuf « donateur » n’a jamais batifolé dans un pré ? Quand on sait que ces bêtes – veaux, vaches, cochons ou poulets – sont parquées dans des bâtiments sombres, qu’elles sont crottées et malades mais bourrées d’antibiotiques pour arriver à l’abattoir encore vivantes. Et pleinement conscientes. Chaque année, en Allemagne, un demi-million de porcs périssent dans de l’eau bouillante sans avoir été correctement étourdis. Il arrive fréquemment que l’assommage des bovins à l’aide d’un pistolet à perforation ne fonctionne pas, et la bête est alors découpée à vif, c’est-à-dire bien vivante. A l’abattoir, les animaux sont envahis par la peur. Et leur viande garde le goût de cette décharge d’adrénaline. Bon appétit !

L’élevage intensif a un impact sur l’environnement et est responsable en partie du changement climatique. Sur les 14 % des gaz à effet de serre produits par l’agriculture, 80 % proviennent de l’élevage animal : en respirant, les bovins libèrent des quantités importantes de dioxyde de carbone. Les ruminants rotent et pètent, produisant des tonnes de méthane qui sont nocifs pour le climat. Ajoutons à cela l’érosion des sols, la pénurie en eau et les rejets toxiques dans la nappe phréatique. Il faut 16 kilos de céréales pour produire 1 kilo de viande. C’est un véritable désastre écologique, car ces animaux mangent des quantités énormes de céréales alors que des milliers de gens meurent de faim de par le monde.

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