Dans cette ethnie, les femmes prennent toutes les décisions importantes : elles sont chefs de famille, choisissent leurs amants et transmettent leur nom et leurs biens à leurs filles. Même la divinité protectrice des Mosuo est féminine : selon la légende, les larmes de Gemu, la déesse de la montagne, auraient formé le lac qui borde le territoire des Mosuo. Lamu Mian Zhe, 29 ans, a grandi sur les rives de ce lac. Elle s'apprête à succéder à sa mère. 360° GEO a rendu visite à sa famille et découvert l'une des dernières sociétés matriarcales qui subsistent dans la Chine actuelle. Le peuple Mosuo vit sur les rives du lac Lugu, dans le Sud-Ouest de la Chine.

Cette année, Lamu Mian Zhe et sa famille jouent de malchance. D'abord, Lamu est tombée très malade et a dû être opérée. Elle a été obligée de s'endetter pour se faire soigner. Ensuite, un accident a coûté la vie à l'un de ses cousins. Chez les Mosuo, les problèmes touchent toute la famille, mais surtout l'« ama », la chef de famille. Dans la famille de Lamu, sa mère Zhima assume l'essentiel des travaux domestiques et agricoles. De son côté, Lamu s'efforce de régler ses dettes en vendant des ouvrages tissés. Pendant ce temps, son frère, Sogna, s'occupe de ses deux filles, car chez les Mosuo, ce sont les oncles qui élèvent les enfants. Le père ne vit pas chez eux, mais dans la famille de sa mère. Et le soir, Sogna quitte la maison pour passer la nuit chez sa compagne. Ce type de relation surnommé « mariage ambulant » peut durer quelques nuits ou toute la vie.

Aujourd'hui, le peuple Mosuo compte encore quelque 40 000 membres qui tirent leur subsistance d'une agriculture traditionnelle sur les contreforts chinois de l'Himalaya. Même si de nombreux jeunes travaillent en ville ou vivent du tourisme sur le lac, tous reviennent à la maison pour les fêtes de famille. Atteindre sa majorité est un grand événement dans la vie d'une femme Mosuo. Lamu et Sogna se rendent à Lijiazui, un village de montage reculé, pour assister à la cérémonie donnée en l'honneur de leur nièce. À l'âge de 13 ans, la jeune fille revêt pour la première fois le costume de fête traditionnel. Dès lors, elle aura le droit de donner son avis en conseil de famille, où sont discutés et tranchés les conflits intergénérationnels et les problèmes entre hommes et femmes. Les Mosuo chérissent plus que tout l'harmonie familiale. Mais quelles chances cette culture millénaire a-t-elle encore de survivre dans la Chine moderne ?

Société